Ubisoft traverse une nouvelle zone de turbulences avec la suppression de postes dans son studio mobile d’Abou Dhabi. L’éditeur français confirme le licenciement de 29 salariés, une décision qui s’inscrit dans une politique globale de réduction des coûts touchant toute l’industrie du jeu vidéo, déjà fragilisée par une vague mondiale de pertes d’emploi. Cette restructuration redessine le futur du studio et recentre les priorités d’Ubisoft sur quelques projets jugés stratégiques.
Ubisoft à Abou Dhabi : un studio mobile stratégique remis en question
Le studio Ubisoft d’Abou Dhabi a ouvert ses portes en 2011, à une époque où le marché du mobile explosait et où chaque éditeur voulait sa base régionale au Moyen-Orient. Ce hub a rapidement pris en charge plusieurs jeux vidéo, avec un rôle clé sur le MMO free-to-play Growtopia.
En plus de Growtopia, le studio s’est illustré sur d’autres titres mobiles, notamment sous licence télévisée comme CSI. Il servait aussi de point d’ancrage pour Ubisoft dans une région en plein essor économique, à la croisée de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique.
Malgré cette importance stratégique, les pressions financières globales sur Ubisoft ont fini par rattraper ce site. Dans un contexte où l’éditeur fait face à une baisse marquée de ses ventes, chaque studio est évalué à l’aune de sa rentabilité et de son alignement avec la nouvelle vision interne.
Une décision « difficile » assumée par la direction d’Ubisoft
Ubisoft a indiqué avoir pris la « décision difficile » de restructurer le studio mobile d’Abou Dhabi en fin d’année. Cette réorganisation se traduit par l’arrêt de certains projets afin de concentrer les ressources sur Growtopia, jugé plus porteur à long terme.
Concrètement, cela s’est traduit par la suppression de 29 postes en novembre, touchant des équipes de community management, support de jeu et direction artistique. La nouvelle a d’abord fuité via plusieurs profils LinkedIn, avant d’être confirmée officiellement.
La direction affirme accompagner les salariés dans cette transition, avec soutien RH, aides à la mobilité et accompagnement à la reconversion. Reste que pour les équipes concernées, cette annonce sonne comme un véritable coup d’arrêt après des années passées à faire vivre des titres mobiles parfois de niche.
Licenciement de 29 employés : ce que cela change pour le studio mobile d’Abou Dhabi
Le licenciement de 29 collaborateurs n’est pas un simple ajustement cosmétique. Pour un studio de taille moyenne, cela représente un choc organisationnel majeur, qui reconfigure totalement la manière de travailler et les priorités internes.
À Abou Dhabi, plusieurs services dédiés à des projets annexes sont soit fusionnés, soit purement et simplement arrêtés. Le studio passe d’un mode multi-projets à une approche beaucoup plus focalisée autour d’un seul pilier mobile phare.
Growtopia au centre de la nouvelle stratégie Ubisoft à Abou Dhabi
Depuis son acquisition par Ubisoft en 2017, Growtopia s’est imposé comme un free-to-play MMO communautaire dense, avec une base de joueurs fidèle et active. Pour un éditeur en quête de revenus récurrents, ce type de jeu-service est devenu prioritaire.
À Abou Dhabi, la restructuration vise donc à « couper les branches secondaires » pour renforcer le tronc principal : Growtopia. Les équipes restantes se concentrent sur :
- La production de contenu live (événements, nouvelles fonctionnalités, objets, saisons)
- La stabilité technique et la sécurité des serveurs
- La modération et l’encadrement communautaire, essentiels pour un MMO centré sur la créativité des joueurs
- L’optimisation de la monétisation sans basculer dans les pratiques abusives qui fatiguent le public mobile
Le pari est clair : mieux vaut un jeu mobile fort, soutenu par une équipe concentrée, qu’une dispersion sur plusieurs titres moyens qui peinent à s’imposer.
Quels projets ont été sacrifiés dans cette restructuration ?
Ubisoft ne détaille pas publiquement la liste complète des jeux abandonnés, mais plusieurs signaux indiquent un recentrage brutal. Des projets mobiles annexes, parfois expérimentaux, portés par de petites équipes locales, auraient été mis en pause ou annulés.
Ce type de choix n’est pas isolé dans le secteur. Electronic Arts a déjà acté des coupes massives et des annulations, notamment autour de la licence Titanfall, comme détaillé dans l’analyse sur la réduction des effectifs liés à Titanfall. Abou Dhabi s’inscrit donc dans une tendance lourde : seule une poignée de jeux-service jugés « core » survivront.
Pour les joueuses et joueurs, l’effet le plus visible sera probablement la disparition silencieuse de projets dont l’annonce n’avait même pas encore été faite au public. Une réalité de plus en plus fréquente dans l’industrie du jeu vidéo.
Une nouvelle vague de licenciements qui s’ajoute à une série noire chez Ubisoft
Ces 29 suppressions à Abou Dhabi ne sont qu’une pièce du puzzle. Ubisoft enchaîne les annonces difficiles depuis plusieurs mois, entre fermetures de studios et plans sociaux dans divers pays. La dynamique donne le sentiment d’une vraie hémorragie.
Les studios suédois, comme Massive Entertainment, ont déjà été touchés par des réductions d’effectifs, tout comme Ubisoft Stockholm. Dans le même mouvement, Ubisoft a aussi acté la fermeture d’Halifax au Canada, comme le rappelle le dossier dédié à la fermeture du studio Ubisoft Halifax.
Fermetures de studios, restructurations : une stratégie globale de réduction des coûts
Quand on met bout à bout les fermetures (Halifax, Leamington…) et les coupes à répétition, une logique apparaît : Ubisoft cherche à rationaliser son organisation, concentrer ses investissements et diminuer ses dépenses fixes. Cette réduction des coûts touche directement l’emploi dans plusieurs pays.
Parallèlement, l’éditeur se réorganise en « Creative Houses » et valorise certaines entités clés. Un exemple marquant est l’initiative adossée à Tencent, déjà évoquée dans l’analyse sur les investissements de Tencent et les licenciements chez Ubisoft. La priorité va clairement aux franchises phares (Assassin’s Creed, Rainbow Six, Far Cry), au détriment de structures plus petites ou périphériques.
Dans cette logique, un studio mobile comme celui d’Abou Dhabi se retrouve directement exposé : indispensable tant que le mobile est en pleine croissance, mais vulnérable dès que les résultats ne sont plus jugés à la hauteur.
Un contexte industriel où tout le monde coupe dans les effectifs
Ubisoft n’est pas un cas isolé. L’industrie du jeu vidéo dans son ensemble vit une phase de correction brutale après des années de croissance continue, boostée notamment par la pandémie. De nombreux éditeurs ont recruté massivement, parfois trop vite, et ajustent maintenant à marche forcée.
Des studios comme Bend (PlayStation) ont déjà connu ce scénario, largement documenté dans le dossier sur les licenciements chez Bend Studio. Même les géants nord-américains jonglent entre expansion agressive et coupes soudaines, en fonction des résultats trimestriels.
Pour Ubisoft, ces 29 licenciements s’ajoutent à une statistique mondiale anxiogène pour les développeurs : personne n’est vraiment à l’abri, même dans les studios qui semblaient stables il y a encore quelques années.
Impact humain des licenciements à Abou Dhabi : les coulisses d’une rupture
Derrière les chiffres, il y a des personnes qui ont porté ces projets pendant des années. À Abou Dhabi, plusieurs témoignages partagés sur les réseaux décrivent le choc d’apprendre le licenciement au terme d’une année intense, marquée par la gestion du live-service et des mises à jour continues.
Pour illustrer, prenons l’exemple de « Karim », game artist fictif inspiré de plusieurs parcours réels. Installé aux Émirats depuis cinq ans, il a quitté son pays d’origine pour rejoindre Ubisoft, misant sur un avenir stable dans le mobile. La restructuration le renvoie brutalement sur le marché local, où les postes qualifiés dans le jeu vidéo restent encore rares.
Rôle des ressources humaines et accompagnement des salariés
Les équipes de ressources humaines d’Ubisoft ont la lourde tâche de gérer ces transitions. On parle d’entretiens individuels, de propositions de reclassement interne quand c’est possible, d’aides à la rédaction de CV et à la recherche d’emploi. L’objectif affiché : limiter la casse et offrir aux personnes touchées un rebond rapide.
Ce type de dispositif, on l’a déjà vu à l’œuvre dans d’autres entreprises du secteur. Chez EA, par exemple, des salariées ont même saisi l’inspection du travail et se sont organisées, comme expliqué dans l’enquête sur les employés d’EA, les syndicats et l’inspection du travail. La façon dont les RH gèrent ces crises laisse des traces profondes sur l’image de marque d’un éditeur.
Pour Ubisoft, cette phase est décisive : un mauvais accompagnement aujourd’hui peut décourager les talents de demain de rejoindre l’entreprise, surtout dans un marché où les profils expérimentés ont de plus en plus de choix.
Quelles options pour les développeurs licenciés aux Émirats ?
Le marché local des jeux vidéo aux Émirats arabes unis progresse, mais il reste encore loin des hubs historiques comme Montréal, Stockholm ou Tokyo. Pour les développeurs d’Abou Dhabi, plusieurs options se dessinent :
- Rejoindre d’autres studios ou start-up du Golfe, parfois orientés serious games ou gamification d’entreprises
- Tenter une mobilité internationale vers d’autres studios Ubisoft ou concurrents, selon les visas et les opportunités
- Lancer des projets indépendants, profitant d’un coût de la vie et d’un réseau de plus en plus favorable aux entrepreneurs créatifs
Le risque, pour la région, serait une fuite des talents formés par Ubisoft si aucune structure locale ne parvient à absorber ces profils. Dans ce cas, le savoir-faire accumulé depuis 2011 profiterait davantage à d’autres pays qu’aux Émirats.
Comparaison avec d’autres restructurations dans l’industrie du jeu vidéo
Pour bien comprendre ce qui se joue à Abou Dhabi, il faut replacer ce cas dans la grande vague de rationalisation qui secoue les éditeurs. On retrouve des points communs entre Ubisoft, EA, et d’autres acteurs majeurs du AAA.
Les plans de réduction des coûts s’articulent autour des mêmes leviers : fermetures de studios secondaires, arrêt de projets à faible potentiel, concentration sur quelques licences phares et bascule vers des jeux-services plus rentables.
Un tableau pour situer Abou Dhabi dans la série de coupes Ubisoft
Le tableau suivant synthétise plusieurs événements clés récents autour des suppression de postes et restructurations chez Ubisoft :
| Événement | Localisation | Type d’impact | Projet(s) concerné(s) |
|---|---|---|---|
| Fermeture d’Ubisoft Halifax | Canada | Fermeture de studio, dizaines d’emplois supprimés | Projets mobiles et support live |
| Réduction d’effectifs chez Massive Entertainment | Suède | Licenciement de plusieurs dizaines de salariés | Jeux AAA et services live (The Division, Avatar…) |
| Fermeture de Leamington | Royaume-Uni | Studio fermé, équipe dispersée | Projets non annoncés |
| Restructuration du studio mobile d’Abou Dhabi | Émirats arabes unis | Suppression de 29 postes | Projets mobiles secondaires, focus sur Growtopia |
Mis en perspective, Abou Dhabi apparaît comme un maillon de plus dans une chaîne de décisions qui redessine en profondeur le périmètre mondial d’Ubisoft. L’éditeur garde ses bastions principaux, mais n’hésite plus à sabrer des sites jugés moins cruciaux.
Pourquoi les studios mobiles sont souvent en première ligne ?
Les studios dédiés au mobile, comme Abou Dhabi, se retrouvent fréquemment en première ligne lors des plans de réduction des coûts. Le marché mobile est extrêmement concurrentiel, dominé par quelques géants du free-to-play et saturé de titres gratuits.
Dès qu’un jeu ne trouve pas rapidement son public ou n’atteint pas les objectifs de monétisation, la pression monte. Les équipes doivent livrer du contenu en continu, tout en réduisant les dépenses au maximum. Dans ce contexte, la moindre baisse de revenus peut mener à un licenciement ou à un redéploiement rapide des ressources.
C’est d’autant plus vrai chez un éditeur traditionnel comme Ubisoft, historiquement centré sur les consoles et le PC. Le mobile reste une priorité stratégique, mais pas au même niveau que les franchises AAA, surtout lorsque les investisseurs réclament des résultats immédiats.
Quel avenir pour Ubisoft et son studio mobile à Abou Dhabi ?
La question qui plane désormais : que va devenir le site d’Abou Dhabi après cette vague de suppression de postes ? Pour l’instant, Ubisoft maintient officiellement la présence du studio, recentrée autour de Growtopia et potentiellement de quelques projets connexes liés au jeu-service.
À moyen terme, l’avenir du site dépendra de la performance de ce MMO et de la capacité du studio à rester rentable dans un environnement ultra-compétitif. Si Growtopia continue d’attirer une communauté active et de générer des revenus stables, Abou Dhabi pourra se présenter comme un pôle mobile solide au sein du groupe.
Scénarios possibles pour les prochaines années
Plusieurs trajectoires se dessinent pour le studio mobile :
- Scénario de consolidation : Abou Dhabi devient un centre d’excellence Growtopia, avec une équipe plus petite mais très spécialisée, et un rôle reconnu dans l’écosystème Ubisoft.
- Scénario d’expansion maîtrisée : si Growtopia performe fortement, de nouveaux projets live ou spin-off mobiles pourraient revenir sur la table, avec des recrutements ciblés.
- Scénario de désengagement : en cas de résultats décevants, Ubisoft pourrait réduire encore la voilure, voire envisager une fermeture, comme cela s’est produit dans d’autres villes.
La réalité se situera probablement entre ces scénarios extrêmes, mais une chose est sûre : dans l’industrie du jeu vidéo actuelle, aucune structure n’est intouchable, surtout lorsqu’elle dépend d’un seul titre.
En parallèle, l’évolution du paysage financier mondial, entre fonds souverains, investisseurs privés et mouvements géopolitiques, ajoute une couche de complexité supplémentaire. Certains groupes, comme l’Arabie saoudite ou d’autres fonds, multiplient les investissements dans le divertissement interactif, à l’image d’autres prises de participation analysées dans le contexte plus large des fonds étrangers et des grands éditeurs de jeux.
Pourquoi Ubisoft a-t-il supprimé 29 postes à Abou Dhabi ?
Ubisoft explique cette décision par une restructuration de son studio mobile d’Abou Dhabi. L’éditeur a choisi de mettre fin à certains projets afin de se concentrer sur Growtopia, un MMO free-to-play jugé plus stratégique. Cette réorganisation s’inscrit dans une politique globale de réduction des coûts et d’optimisation du portefeuille de jeux vidéo, dans un contexte économique plus tendu pour l’entreprise.
Le studio Ubisoft d’Abou Dhabi va-t-il fermer ?
Pour l’instant, Ubisoft ne parle pas de fermeture du studio, mais d’une réorientation. Le site reste actif et continue de travailler principalement sur Growtopia. Cependant, la viabilité à long terme dépendra des performances du jeu et de la capacité du studio à rester rentable dans un marché mobile très concurrentiel.
Les employés licenciés à Abou Dhabi bénéficient-ils d’un accompagnement ?
Ubisoft affirme accompagner les 29 salariés concernés via ses services de ressources humaines : entretiens individuels, aides à la mobilité interne lorsque c’est possible, et soutien à la recherche d’emploi. Ce type de dispositif est devenu la norme dans l’industrie, même si l’impact humain reste lourd pour les personnes touchées.
Cette vague de licenciements est-elle isolée chez Ubisoft ?
Non, ces licenciements s’ajoutent à plusieurs autres coupes récentes : fermeture du studio d’Halifax, réduction d’effectifs chez Massive Entertainment et dans d’autres antennes. Ubisoft mène une restructuration globale de son organisation afin de se recentrer sur ses franchises majeures et ses studios les plus rentables.
Pourquoi les studios mobiles sont-ils souvent touchés en premier ?
Les studios mobiles évoluent sur un marché extrêmement compétitif, où la plupart des jeux sont gratuits et dépendent fortement de la monétisation in-game. Dès qu’un titre ne décolle pas assez vite ou ne rapporte pas suffisamment, il devient une cible pour les plans de réduction des coûts. Dans ce contexte, de nombreux éditeurs, Ubisoft compris, privilégient quelques jeux-service forts plutôt que plusieurs projets mobiles secondaires.


