Rapport : Rockstar licencie des employés suite à des discussions sur Discord après des changements dans la politique Slack

Rockstar se retrouve au cœur d’un nouveau conflit social explosif : après des discussions sur un serveur Discord autour de la nouvelle politique Slack, 34 employés ont été visés par un licenciement pour « faute grave ». L’affaire interroge la frontière entre liberté d’expression, organisation collective et contrôle de la communication interne dans une industrie du jeu déjà secouée par les plans sociaux.

Ce dossier ne se limite pas à Rockstar : il s’inscrit dans une vague de restructurations qui a déjà touché des studios comme le studio de Liverpool récemment fermé ou encore les équipes visées par les licenciements massifs dans d’autres studios AAA. Le cas Rockstar concentre toutes les tensions actuelles : productivité, surveillance numérique, syndicalisation et peur de perdre son job.

Rockstar et licenciement massif : ce que révèle le rapport sur Discord et la politique Slack

Le rapport publié par People Make Games met en lumière un enchaînement précis : modification de la politique Slack, création ou utilisation renforcée d’un serveur Discord privé, puis enquête interne suivie du licenciement de plusieurs dizaines d’employés. Au-delà du fait divers, c’est tout un modèle de gestion des équipes créatives qui est questionné.

  • 34 employés licenciés pour « faute grave » liée à la communication interne.
  • Un serveur Discord créé à l’origine pour les discussions autour de la syndicalisation.
  • Des changements imposés sur Slack (fermeture de salons, restriction des statuts).
  • Un syndicat qui parle de gouvernance « par la peur » chez Rockstar.
  • Plus de 200 collègues qui demandent officiellement la réintégration des personnes renvoyées.
Élément clé Description Impact pour les employés
Licenciement de 34 personnes Perte d’emploi, accusations de faute grave inscrites au dossier
Serveur Discord privé Géré par des salariés intéressés par la syndicalisation, avec soutien de l’IWGB Espace perçu comme sûr, finalement au centre de l’enquête interne
Changements sur Slack Fermeture de canaux « non essentiels », restriction des statuts Sentiment de contrôle accru et perte de lieux d’échange informels
Plainte interne Un employé alerte la direction au sujet des échanges sur Discord Lancement de l’investigation et identification des membres du serveur
Réaction du syndicat IWGB Accusations de pratiques antisyndicales et dépôt de recours juridique Ouverture d’un bras de fer légal et médiatique avec Rockstar

Comment le serveur Discord des employés de Rockstar est devenu le cœur du conflit

Le serveur Discord en question est né en 2022. À l’origine, il sert de point de ralliement pour des salariés sensibles aux discours sur la syndicalisation, avec présence de représentants de l’IWGB dans des canaux protégés. Les règles internes du serveur sont strictes : pas de leaks, pas de partage de secrets de production, pas d’infos vraiment sensibles.

Selon les témoignages recueillis, les messages tournaient surtout autour des conditions de travail, des bonus, des augmentations, et de la nouvelle politique Slack. Des sujets brûlants pour n’importe quel studio, surtout dans un contexte où, ailleurs, des équipes entières se font couper comme chez Devolver Digital qui a réduit ses effectifs ou lors des licenciements récents chez Firaxis.

  • Un serveur invitation-only, mais avec près de 300 membres vérifiés.
  • Des canaux sécurisés pour les échanges syndicat–salariés.
  • Un canal général où même des non syndiqués pouvaient parler librement.
  • Des sujets fréquents : salaires, primes, télétravail, charge de travail, décisions de management.
Type de canal Discord Participants Thèmes principaux
Canaux syndicaux privés Représentants IWGB + membres syndiqués Stratégie de négociation, droits des travailleurs, documentation juridique
Canal général Salariés syndiqués et non syndiqués Réactions aux annonces, changements internes, humeur du studio
Canaux thématiques Groupes affinitaires (QA, dev, art…) Problèmes concrets quotidiens, organisation du travail, entraide

Ce qui devait rester un outil de solidarité a basculé en pièce à charge. Le point de bascule ? Le relai sur Discord d’e-mails internes détaillant la nouvelle politique Slack, alors que certains employés n’avaient pas accès à leur messagerie en dehors du bureau.

Cette centralisation discrète de la parole des employés les a soudain rendus très visibles aux yeux des ressources humaines, avec des conséquences radicales.

Changements sur Slack : de la productivité à la rupture de confiance

Les événements commencent vraiment à déraper quand Rockstar décide de serrer la vis sur Slack. Des canaux dédiés aux hobbies, à l’actualité de l’industrie, ou à des discussions plus libres sont supprimés au nom de la productivité. Un salon jeux vidéo, où circulaient notamment les news sur les vagues de licenciements dans le secteur, fait partie des sacrifices.

Très vite, les statuts Slack sont eux aussi encadrés. Impossible, désormais, de glisser un message implicite de malaise, un hashtag ironique ou une mention de syndicat sans que cela puisse être vu comme une provocation. Pour de nombreux salariés, ces changements ressemblent à une tentative de museler la communication interne.

  • Fermeture de canaux jugés « non essentiels » par la direction.
  • Restriction des statuts Slack pour limiter les prises de position visibles.
  • Transfert spontané des e-mails internes vers Discord pour informer les collègues absents.
  • Climat de suspicion croissant lié à la surveillance des outils numériques.
Avant les changements Slack Après les changements Slack Ressenti des employés
Multiples canaux loisirs, actu jeux vidéo, entraide Canaux réduits à l’essentiel, focus projet Perte d’espace social, impression de contrôle accru
Statuts Slack libres et souvent humoristiques Statuts encadrés, plus neutres et formels Moins de marge pour exprimer son humeur ou ses positions
E-mails internes consultables en télétravail Accès mail limité à l’intérieur des locaux Recours à Discord pour ne pas laisser certains collègues dans le flou

Dans beaucoup d’autres entreprises tech et gaming, ce type de durcissement nourrit déjà la contestation, comme l’ont montré des cas chez Ubisoft après ses propres licenciements ou encore lors des réductions d’effectifs dans la division jeux d’Amazon. Chez Rockstar, ce serrage de vis numérique a servi d’étincelle.

Licenciement de 34 employés Rockstar : entre faute grave et accusation d’antisyndicalisme

Lorsque la direction apprend que le contenu des e-mails sur la politique Slack circule sur un serveur Discord, tout s’accélère. Selon le rapport, un salarié remonte son inquiétude au management, ce qui déclenche une investigation interne détaillée du serveur et de ses membres.

À l’issue de cette enquête, 34 employés sont convoqués puis remerciés pour faute grave, Rockstar et Take-Two parlant de diffusion d’informations confidentielles dans un espace externe. De leur côté, les salariés concernés affirment qu’aucun secret de production ni leak sensible n’a été partagé.

  • Une enquête déclenchée après la plainte d’un employé inquiet des échanges sur Discord.
  • Vérification de l’historique du serveur et identification des participants actifs.
  • 34 licenciements sur la base d’une violation présumée du contrat de travail.
  • Des salariés qui parlent plutôt de discussions normales sur leurs conditions matérielles.
Position de Rockstar Position des employés Zone de tension
Faute grave pour partage d’informations internes Aucune donnée sensible, seulement des e-mails génériques et discussions sur les politiques Définition de ce qui est vraiment « confidentiel »
Protection de l’entreprise et de ses process internes Droit de parler de salaires, bonus, organisation du travail Frontière entre confidentialité et transparence salariale
Refus de commenter davantage au-delà des déclarations officielles Ouverture aux médias, témoignages, manifestations publiques Image de marque contre besoin de visibilité des travailleurs

Pour l’IWGB, la lecture est limpide : ces licenciements constituent une attaque directe contre tout début de structuration collective. Quand un groupe commence à parler droits, salaires et protections, le couper net serait une manière d’« envoyer un message » à tous les autres.

Ce choc frontal entre logique d’entreprise et organisation des travailleurs rappelle d’autres batailles récentes, comme celles observées chez certains studios liés à Warner Bros en pleine réorganisation de ses franchises.

Unionisation et gouvernance par la peur : ce que dénoncent les salariés

Alex Marshall, président de l’IWGB, résume le sentiment dominant : discuter de ses conditions matérielles – salaire, primes, politiques internes – devrait être normal. Voir ces échanges devenir le prétexte à une purge renverrait, selon lui, à une stratégie claire : gouverner par l’opacité et la peur.

Cette dynamique n’est pas isolée. Dans un secteur déjà secoué par la succession de vagues de licenciement – de Dont Nod à des studios entiers mis en pause ou revendus comme le montre la stratégie de Stillfront qui ferme ou vend certains studios – chaque discours syndical prend une coloration quasi existentielle pour les travailleurs.

  • Les discussions sur les salaires sont perçues comme une simple recherche de justice interne.
  • La réaction de Rockstar est analysée comme un moyen de dissuader toute future unionisation.
  • Le message implicite : parler trop franchement entre collègues peut coûter son poste.
  • La conséquence : renforcement de la peur, mais aussi parfois de la combativité.
Pratique dénoncée Effet sur les équipes Réponse potentielle des travailleurs
Gouvernance par la peur Autocensure, baisse de la prise de parole Recherche de structures de défense (syndicats, collectifs)
Manque de transparence sur les décisions Sentiment d’injustice, rumeurs, défiance Demandes de clarté sur les changements et les critères de sanction
Sanctions lourdes pour échanges privés Crainte d’utiliser même des outils externes comme Discord Exigence de chartes claires sur la communication interne

Dans ce décor, le serveur Discord apparaît comme bien plus qu’un simple chat : c’est l’illustration d’une tension de fond entre la culture communautaire des joueurs et développeurs, et la logique de contrôle des grands groupes.

Réactions, mobilisation interne et impact sur l’image de Rockstar

Les suites de ce conflit ne se sont pas fait attendre. Plus de 200 salariés de Rockstar North ont signé une lettre demandant la réintégration des personnes licenciées. Des rassemblements ont été organisés à Londres et Édimbourg pour maintenir la pression médiatique et rappeler que derrière les chiffres, il y a des vies.

Dans le même temps, Rockstar et sa maison-mère Take-Two se murent dans une communication très cadrée, refusant d’aller au-delà de leurs déclarations initiales. Le contraste entre le silence officiel et la colère des équipes nourrit un récit de fracture interne qui peut peser lourd sur l’image de marque, surtout à l’heure où la communauté suit chaque pas vers le prochain GTA.

  • Lettre signée par plus de 200 collègues en soutien aux licenciés.
  • Manifestations physiques devant les bureaux pour visibiliser la contestation.
  • Couverture médiatique internationale via YouTube, presse, réseaux sociaux.
  • Risque d’impact sur l’attractivité de Rockstar pour les talents seniors.
Acteur Type de réaction Conséquence possible
Salariés actuels Pétitions, grèves symboliques, témoignages anonymes Pression morale et médiatique sur la direction
Licenciés Recours juridiques, prise de parole publique Remise en cause potentielle de la version officielle
Direction Rockstar / Take-Two Communication minimale, rappel du cadre légal interne Préservation juridique, mais dégradation de la perception externe
Communauté des joueurs Débats sur réseaux sociaux, appels au boycott pour certains Pression réputationnelle sur les prochains lancements

À l’échelle de l’industrie, l’épisode s’ajoute à une longue liste de signaux d’alarme, entre fermetures de studios, licenciements ciblés et reconversions forcées, comme l’ont vécu les équipes de projets annulés type Black Panther chez Cliffhanger d’EA. La question n’est plus de savoir si ces affaires pèsent sur l’image des grands éditeurs, mais jusqu’où.

Ce que cet épisode change pour les futures discussions internes dans les studios

Après un tel choc, difficile pour les équipes de se sentir en confiance sur les canaux numériques, qu’il s’agisse de Slack, Teams, ou Discord. Beaucoup retiendront une leçon dure : même un serveur « privé » peut devenir une pièce au dossier si la situation dégénère.

Pourtant, les besoins restent les mêmes : échanger, s’entraider, comparer les salaires, comprendre les changements de cap de l’entreprise. Dans d’autres structures, certains ont commencé à formaliser des espaces mixtes, avec des règles claires, voire des conventions signées avec les ressources humaines pour éviter l’ambiguïté et encadrer ces lieux de parole sans les étouffer.

  • Renforcement probable de l’autocensure sur les outils d’entreprise.
  • Montée en puissance de collectifs plus formels et visibles, plutôt que de simples serveurs privés.
  • Demande croissante de chartes sur la communication interne et l’usage d’outils tiers.
  • Risque de fragmentation des discussions sur une multitude de petits groupes difficiles à suivre.
Pratique possible Avantage Risque
Serveurs externes structurés (Discord, Matrix…) Espace de parole plus libre et communautaire Vulnérabilité en cas d’enquête interne ou de leaks
Canaux officiels dédiés au dialogue social Reconnaissance par la direction, traçabilité des décisions Moins d’anonymat, crainte de représailles
Collectifs et syndicats formalisés Protection juridique plus solide, recours encadrés Conflits plus visibles, rapport de forces assumé

Pour un secteur déjà sous tension, où les annonces de licenciements se succèdent aussi vite que celles de nouveaux AAA, l’affaire Rockstar agit comme un avertissement : ignorer la parole des équipes revient tôt ou tard à gérer des crises publiques, et pas seulement des tickets dans Slack.

Pourquoi Rockstar a licencié 34 employés après des discussions sur Discord ?

Selon les éléments rapportés, Rockstar et sa maison-mère Take-Two ont considéré que le partage d’e-mails internes concernant des changements dans la politique Slack sur un serveur Discord privé constituait une faute grave. Les salariés concernés affirment pour leur part qu’aucune information réellement confidentielle n’a été diffusée, seulement des messages sur les politiques internes, les salaires et les conditions de travail.

Discuter de son salaire ou de ses conditions de travail avec des collègues est-il interdit ?

Dans la plupart des pays européens, les salariés ont le droit de parler de leur rémunération et de leurs conditions de travail entre eux. Ce qui peut poser problème, ce n’est pas la discussion en soi, mais le partage d’éléments contractuels ou de documents que l’employeur classe comme confidentiels. L’affaire Rockstar tourne justement autour de cette frontière entre échange légitime et violation présumée de clauses de confidentialité.

Un serveur Discord privé d’employés peut-il être utilisé dans une enquête interne ?

Oui, si l’entreprise parvient à accéder légalement à des captures, témoignages ou logs, ces éléments peuvent être exploités dans une enquête interne voire dans une procédure disciplinaire. Le caractère « privé » du serveur ne le rend pas intouchable, surtout si un membre fournit des informations à la direction ou si la justice est saisie. C’est ce qui semble s’être produit dans le cas de Rockstar.

L’IWGB accuse-t-il officiellement Rockstar de pratiques antisyndicales ?

Le syndicat IWGB estime que ces licenciements visent à affaiblir l’organisation collective des salariés et parle de tentative de gouvernance par la peur. Il a engagé des actions de contestation, notamment des recours pour licenciement abusif. Rockstar et Take-Two rejettent toute accusation d’antisyndicalisme et parlent d’application stricte des règles internes.

Quelles leçons les autres studios peuvent tirer de ce conflit chez Rockstar ?

Les autres studios de jeux vidéo peuvent retenir que la gestion de la communication interne, des outils comme Slack ou Discord, et des débuts de syndicalisation doit être pensée avec clarté et transparence. Des chartes précises sur ce qui est confidentiel, des espaces de dialogue social reconnus, et une approche moins punitive des discussions entre employés peuvent éviter de transformer un malaise en crise publique.